Dessin1941Thème: Les scènes mythologiquesTechnique: pastelSupport: sur papierAuthenticité: oeuvre certifiéePropriétaire: Collection privéeK.X. Roussel en bas à droite22 cm x 31 cm Historique et description
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au dos du cadre, une étiquette de la galerie Louis Carré avec le titre et la mention: "année 1942, pastel n°9 Surprise , nous découvrons au dos de l’oeuvre un encadrement récent sur lequel a été recollée avec soin une étiquette au nom de la Galerie Louis Carré , 1942 , pastel N°9 , intitulé « Surprise » . Il est tout naturel de penser que l’artiste, l’exposition ayant eu lieu de son vivant, ait choisi lui-même le nom de cette oeuvre. Le néophyte se contentera de décrire un paysage méditerranéen et ses couleurs chatoyantes sans trop se poser de questions sur ce personnage central qui regarde ces formes qui font penser à deux corps enlacés. L’histo-rien d’art ignare, parlera d’amants anonymes surpris par un satyre . C’est bien mal connaître Ker Xavier Roussel qui nous laisse plusieurs indices permettant d’identifier les trois protagonistes. Quelles divinités portent une ceinture dans la mythologie gréco-romaine ? Nous écarterons la ceinture d’Hippolyte, reine des Amazones (neuvième travail d’Héraclès) , puisque rien dans ce pastel fait allusion à ce thème. Dans la mythologie, la seule ceinture célèbre est celle d’Aphrodite / Vénus , le kestós himás, un objet magique forgé par son époux Vulcain / Héphaïstos , qui confère le pouvoir de susciter le désir. Dans le chant XIV de l’Iliade, Héra veut séduire Zeus pour détourner son attention de la guerre. Elle se rend donc auprès d’Aphrodite et lui demande : « Prête-moi ta ceinture enchantée. » Aphrodite accepte, et Héra emprunte la ceinture pour accomplir son stratagème. Ce récit ne concorde pas avec la mise en scène du pastel, le personnage central qui porte la ceinture, n’est donc pas Héra . Dans la littérature classique gréco-latine, il existe deux scènes canoniques où l’image d’Aphrodite alias Vénus se trouve directement associée à l’image de deux amants enlacés . Toutes deux ont pour thème la jalousie . Ces deux scènes mythiques, qui ont inspiré le théâtre, de la Comedia dell’Arte au vaudeville, font partie de notre quotidien : Vénus, jalouse de la belle Psyché et de l’amour que lui porte son fils Eros, cocufie Vulcain avec Mars … Le Mythe d'Éros, Psyché et Vénus Le mythe d'Éros ou Cupidon, de Psyché et de Vénus ou Aphrodite est l'un des récits les plus célèbres de la mythologie gréco-romaine. S'il possède des racines et des échos dans la poésie grecque archaïque concernant les puissances de l'Amour et de l'Âme, sa version narrative complète et développée nous a été transmise principalement par la littérature latine. Il n'existe pas de texte grec original conservé décrivant Aphrodite surprenant Eros et Psyché. Pure création de la littérature latine impériale du IIe siècle après Jésus Christ, la narration la plus célèbre et la plus détaillée du mythe d'Éros et de Psyché nous est transmise par l'écrivain romain Apulée, dans son ouvrage Les Métamorphoses, également connu sous le titre de L'Âne d'or, livres IV à VI . Ce conte, souvent lu comme une allégorie qui utilise des motifs et des concepts philosophiques issus de la pensée grecque, notamment le néoplatonisme et le symbolisme de l'âme, s'articule autour des étapes suivantes . La jalousie de Vénus : Psyché, une jeune princesse mortelle d'une beauté extraordinaire, suscite l'admiration au point de faire de l'ombre à la déesse Vénus, dont les temples sont délaissés. Irritée, Vénus ordonne à son fils Éros de frapper la jeune fille d'une passion amoureuse pour un monstre abject. La passion d'Éros et le palais secret : En s'approchant de Psyché, Éros se blesse lui-même avec l'une de ses flèches et tombe éperdument amoureux d'elle. Il l'enlève et l'installe dans un palais somptueux où il la visite chaque nuit dans l'obscurité la plus totale, lui imposant une seule règle : ne jamais chercher à voir son visage. La trahison de la curiosité : Poussée par ses sœurs jalouses qui affirment qu'elle partage sa couche avec un serpent monstrueux, Psyché cède à la tentation. Une nuit, armée d'une lampe à huile et d'un coutelas, elle éclaire le visage de son amant endormi et découvre, émerveillée, qu'il s'agit du dieu de l'Amour en personne. Une goutte d'huile brûlante tombe sur l'épaule d'Éros, qui se réveille et s'enfuit, furieux d'avoir été trahi. Les épreuves imposées par Vénus : Désespérée, Psyché erre à la recherche d'Éros et finit par se soumettre à Vénus pour espérer regagner son amant. La déesse lui inflige quatre épreuves redoutables, jugées impossibles pour une mortelle : 1. Trier en un temps record un immense tas de graines mélangées (aidée par les fourmis). 2. Récupérer la toison d'or de brebis féroces (aidée par un roseau prophétique). 3. Remplir une urne d'eau de la source du Styx et du Cocyte, au sommet d'un rocher vertigineux (aidée par l'aigle de Zeus). 4. Descendre dans les Enfers pour rapporter dans une pyxide (un coffret) un peu de la beauté de Proserpine (Perséphone). L'union finale et l'apothéose : Ayant commis l'erreur d'ouvrir le coffret de Proserpine, Psyché est terrassée par un sommeil soporifique et mortel. Éros, dont la blessure a guéri, la retrouve, l'essuie de ses flèches et implore Zeus (Jupiter). Ce dernier accorde l'immortalité à Psyché en lui faisant boire l'ambroisie. Le mariage d'Éros et de Psyché est célébré dans l'Olympe, consacrant l'union de l'Amour et de l'Âme ( psychê signifiant « âme » ou « souffle » en grec). Dans ces textes , aucune allusion à Vénus surprenant les amants Eros et Psychè . Ker Xavier Roussel nous invite à déchiffrer ce pastel dessiné comme un message codé : Le mythe, utilisé comme un moyen d’expliquer la réalité de la condition humaine, est démystifié . En excitant notre curiosité, en nous incitant à comprendre ce message, l’artiste prophète nous invite à faire le voyage du mythe à la mythologie. La manière de peindre Nabi où la forme est couleur devient concept à peindre, résolument Nabi dans l’âme, ou la matière rejoint l’esprit . Le Mythe de Vénus, Mars et Vulcain Lucrèce, De Natura Rerum (I, 31-40) décrit le mythe de Vénus et Mars enlacés. Dans l'introduction magistrale de son œuvre, le poète épicurien adresse une prière à Vénus pour qu'elle apaise les fureurs de Mars, dieu de la guerre, en le terrassant par l'amour. La déesse est dépeinte penchée sur le dieu, prisonnier de ses étreintes : « ...quique modo in gremium matris toto corpore infusum pendeat amplexus, armipotens, tereti cervice repôsus, pascat amore avidos inhians in deos, o deus, aeterno vulnere victus, aspectuque 중 oculos matre, quid, dea, tuis ... » « ...lui, le puissant armateur, suspendant tout son corps sur le sein de sa mère, enlacé à lui, renverse son cou gracieux et, dévorant des yeux les prunelles divines, repaît son amour avidement, tandis que sa bouche pend suspendue à tes lèvres. Toi, ô déesse, tandis qu'il repose ainsi couché sur ton corps sacré, enveloppe-le de tes embrassements et répands de ta bouche des paroles douces... » Vénus domine le dieu de la guerre par la volupté, le réduisant à l'impuissance physique au moyen de l'étreinte amoureuse, assurant ainsi la paix sur terre par la soumission du Mars violent aux rets de la déesse. Ovide, Métamorphoses, Livre IV , vers 169 à 189, relate le piège surprenant que tend Vulcain sur les amants enlacés, Vénus et mars, un filet invisible pour piéger le couple divin au moment suprême de leur étreinte. Il existe de légères variantes de rédaction et d’orthographe selon les très nombreuses éditions anciennes, récentes ou contemporaines de ce mythe vingt cinq fois séculaire. Laissons aux latinistes le plaisir de débattre sur le mot à mot de ces textes antiques copiés et recopiés à la main avant d’être imprimés et réimprimés, établissant ainsi une longue tradition de traductions critiques, Imprimerie Royale, Paris 1676 , éditions Teubner, Leipzig, Loeb Classical Library, Oxford … [169] 'Hunc quoque, siderea qui temperat omnia luce, [170] cepit amor Solem: Solis referemus amores. [171] Primus adulterium Veneris cum Marte putatur [172] hic vidisse deus; videt hic deus omnia primus. [173] Indoluit facto Iunonigenaeque marito [174] furta tori furtique locum monstravit. At illi [175] et mens et quod opus fabrilis dextra tenebat [176] excidit: extemplo graciles ex aere catenas [177] retiaque et laqueos, quae lumina fallere possint, [178] elimat (non illud opus tenuissima vincant [179] stamina, non quae de tigno pendet aranea); [180] utque leves tactus momentaque parva sequantur, [181] efficit et lecto circumdata collocat arte. [182] Ut venere torum coniunx et adulter in unum, [183] ambo arte mariti vinclisque ad hoc ipsum factis [184] in mediis amplexibus haerent. Lemnius extemplo [185] valvas patefecit eburnas [186] admisitque deos; illi iacuere ligati [187] turpiter, atque aliquis de dis non tristibus optat Le Soleil fut, dit-on, le premier à découvrir les amours secrets de Vénus et de Mars ; le Soleil voit tout le premier. Il s'indigna de cette infidélité et alla révéler au fils de Junon, l'époux de Vénus, le vol de son lit nuptial et le lieu du rendez-vous. À cette nouvelle, Vulcain perd l'esprit, et le travail que façonnait sa main lui échappe. Aussitôt, il lime d'impalpables chaînes de bronze, des filets et des pièges capables de tromper le regard : le fil le plus délié n'égalait pas la finesse de ce travail, pas même la toile d'araignée suspendue à la poutre du toit. Il dispose ces liens tout autour du lit, de manière qu'au moindre contact, au moindre mouvement des amants, ils s'activent et les emprisonnent. Quand l'épouse et son amant se retrouvent sur le lit, pris dans les rets ajustés par l'art du mari et par un système inédit, ils restent enlacés, incapables de se mouvoir au milieu de leurs embrassements. Le dieu de Lemnos ouvre alors à deux battants les portes d'ivoire et fait entrer les dieux. Les deux amants gisent là, enchaînés honteusement ; pourtant, parmi les dieux, qui ne sont pas sans éprouver une joyeuse malice, plus d'un souhaite de subir une pareille honte. Les dieux en rirent, et pendant longtemps, cette histoire fut la fable la plus célèbre du ciel. L’artiste a très fidèlement transcrit en image le texte latin d’Ovide . Le personnage à la ceinture est Hephaïstos / Vulcain , habillé d’une tunique couleur flamme , l’épaule droite dénudée, conformément à la tradition. Sa jambe gauche relevée indique qu’il boite, et ce qui ressemble à deux anneaux au dessus de sa tète sont les flammes d’air , ou d’airain, un autre de ses attributs caractéristiques. Il porte la fameuse ceinture de Vénus qu’il a lui-même forgée, cet objet magique qui inspire l’amour , le désir et la passion. Quelques traits fins parallèles et blancs sur les deux corps enlacés représentent les fils invisibles du filet qu’il a forgé de ses mains pour prendre au piège son épouse Aphrodite / Vénus et Arès / Mars, son amant, en flagrant d’adultère.
Expositions :Galerie Louis Carré, Paris 8° 15 janvier - 15 février 1942, n°9 K. X. Roussel, Mythologies, Petites variations au pastel.