Dessinvers 1925Thème: Les scènes mythologiquesTechnique: pastelSupport: sur papierAuthenticité: oeuvre en cours d'expertise48,6 × 64,14 cm Historique et description
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Ce tableau est à rapprocher d’une autre œuvre, Vénus et Adonis. Ker‑Xavier Roussel a-t‑il représenté ici Adonis ou Narcisse ? Pour répondre, examinons les sources antiques. Le mythe d’Adonis nous est transmis par Ovide dans les Métamorphoses, Livre X (708–739). Adonis, dont la beauté est exceptionnelle, est aimé de Vénus, qui voit en lui l’incarnation de la jeunesse et du désir. Ovide décrit la mise en garde de la déesse, la chasse fatale, l’attaque du sanglier et la mort du héros. Vénus, inconsolable, métamorphose son sang en anémone rouge, fleur fragile qui s’ouvre vite et se fane au moindre souffle. Bion de Smyrne, dans son élégie funèbre Lamentation pour Adonis, insiste lui aussi sur la métamorphose végétale du jeune homme en fleur rouge. Le mythe de Narcisse est décrit par Ovide dans le même ouvrage, Métamorphoses, Livre III (339–510). Narcisse, jeune homme d’une beauté parfaite, rejette tous ceux qui l’aiment. Fasciné par son reflet dans une source, il se consume d’un amour impossible et meurt. Les nymphes découvrent à sa place une fleur narcisse, blanche ou jaune, symbole de pureté et de mélancolie. Conon, Narrations, 24, propose une lecture morale du mythe. Il insiste sur l’orgueil du jeune homme, qui refuse l’amour de tous ceux qui l’approchent. La mort de Narcisse devient alors une punition exemplaire : il est victime de son propre refus des autres et de son incapacité à aimer. Pausanias, Description de la Grèce, IX, 31, 7, rapporte une version radicalement différente du récit d’Ovide. Selon lui, Narcisse ne tombe pas amoureux de son propre reflet par vanité : il croit revoir dans l’eau l’image de son frère jumeau, mort peu auparavant. La contemplation n’est donc pas un acte d’orgueil, mais un geste de deuil. Cette version transforme profondément le sens du mythe : Narcisse n’est plus puni pour son égoïsme, il est accablé par la perte et fasciné par une image qui lui rend son frère disparu. Ces deux figures de la mythologie ont en commun la beauté, la jeunesse et la métamorphose florale. Elles incarnent la grâce et le péril, la mort précoce et deux formes de désir : l’une tournée vers l’autre — Adonis ; l’autre tournée vers soi — Narcisse. Ker‑Xavier Roussel ne se contente pas de les rapprocher pour leur destin parallèle : il les différencie profondément. Le propos du peintre ne se limite pas à transformer leurs destins tragiques en une méditation douce sur la nature, la sensualité et la disparition. À travers ses scènes mythologiques — comme les vitraux des cathédrales qui transmettaient l’Histoire à ceux qui ne savaient pas lire — Roussel invite le profane, athée ou monothéiste, à s’intéresser à la mythologie gréco‑romaine. Bien loin de tout prosélytisme polythéiste, le peintre Nabi, le peintre « prophète », nous invite à réfléchir sur nous‑mêmes. Le personnage central, allongé, seul, en pleine méditation dans la nature, loin de Vénus et encore plus loin des putti, peint dans une atmosphère jaune et blanche, exprime Narcisse tel que décrit par Ovide.
Historique :Identification vendu sous le titre : Scène néo‑classique